«Islam et terrorisme»

L’enlèvement de plus de 200 jeunes filles du Nigéria avait provoqué une vive émotion et suscité de nombreuses réactions à travers le monde : par le nombre, l’âge, l’innocence et l’extrême vulnérabilité des cibles, destinées à servir d’objets sexuels et de bombes humaines.

A ce jour, au moins cent quatre vingt quinze (195) sont encore, Dieu Seul sait dans quelles conditions, entre les mains d’individus sans foi, ni loi, ni morale, qui continuent de commettre des crimes atroces, sans discernement, n’importe où, et n’importe quand, en prétendant agir au nom de l’Islam. Et ce, malgré les nombreuses mesures de sécurité prises un peu partout. Rien ne semble pouvoir les mettre hors d’état de nuire.

Est-ce la méthode utilisée jusque-là, à savoir la manière forte, qui n’est pas la meilleure ou n’est pas suffisante ?

Est-ce la seule voie ou doit-on envisager une autre approche ? La question reste posée.

Par contre, ce qu’on peut et doit déjà faire, et sans tarder, à mon humble avis (et c’est, pour l’essentiel, le sens de mon propos), c’est de refuser de cautionner, de fait, que des individus ou des groupes, qui n’ont rien à voir avec aucune religion révélée, ternissent l’Islam. Mais, malheureusement, c’est le contraire qu’on observe dans la mesure où quasiment tout le monde, consciemment ou inconsciemment, semble même encourager cette façon de faire sournoise de ces derniers, car on parle d’islamistes ou de djiadistes pour les désigner ou pour commenter leurs actes. Ce qui revient à associer islam et terrorisme.

Par exemple, que signifie «Etat islamique» ou «Daesh» ? Absolument rien ! Car un Etat a une définition bien précise et répond à des normes nationales et internationales reconnues.

Et pourtant, il suffit qu’un groupe d’individus occupent une partie du territoire du pays, chassent ou tuent les populations, s’y installent et «se» proclament «Etat islamique» ou «Daesh», pour que le statut de cet «Etat» soit reconnu de fait, notamment dans tous les discours. Les suivre ainsi dans leur stratégie, c’est admettre implicitement leur théorie.

Il est urgent que toutes les personnes, physiques et morales, notamment l’OCI, qui, il faut le rappeler, ne regroupe pas que des pays à majorité musulmane, se mobilisent, agissent, sensibilisent, au sein de toutes les organisations nationales, régionales et internationales, afin d’obtenir qu’il ne soit plus utilisé dans le discours officiel les mots «islamistes» et «djiadistes» pour désigner ces individus qui ne sont rien d’autres que des terroristes et autres narco-criminels.

Le Recteur de la Grande Mosquée de Paris rappelle, chaque fois que des attentats sont commis en France, pour éviter tout amalgame, que ceux qui commettent de tels actes n’ont rien à voir avec l’islam, qui est une religion de paix.

Le Pape François a dit récemment qu’il «est injuste d’associer islam et terrorisme».

Il est important de dissocier islam et terrorisme.

Ce combat là peut être gagné, plus facilement, pourvu que chacun soit conscient de l’enjeu et que les décideurs assument pleinement leurs responsabilités.

Mame Madior Boye

Magistrat, ancienne Représentante spéciale du Président de la CUA pour la PPCA, militante des droits humains,

Ancienne Premier ministre

Source : Le Témoin

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