Confiante, ambitieuse, dégourdie et d’un commerce facile, Mme Sow est la première femme pompiste au Sénégal. A force d’abnégation et de rigueur dans son travail, elle a gravi les échelons pour devenir la première femme gérante de station. Doublement pionnière, la féministe s’active aussi dans le social avec son réseau pour le bien-être de toutes ses pairs surtout des couches vulnérables.

Ayant fait ses humanités à St Michel puis à Asselar, Khady Diop a dû écourter ses études en  classe de 3eme secondaire. Choix qu’elle a fait sous contrainte car son père venait de prendre la retraite. La situation économique de la famille devenant précaire et ne voulant pas être une charge de plus, elle a préféré alléger son pater «comme je suis l’ainée, il était de mon devoir d’aider mes parents», confie-t-elle.

Dégourdie, avec ses propres moyens, elle suit une formation de deux ans en couture à CP Air Afrique. Malheureusement, la couture ne l’a pas réussie, elle décide de poser ciseaux et centimètre pour l’échanger avec une tenue de pompiste «de mon propre chef, j’ai décidé d’aller voir le gérant de la station Shell de Ngor pour lui proposer mes services», se souvient-elle. Sa conviction et son entrain ont poussé le gérant à la recruter non sans hésitation car aucune femme n’a jamais été pompiste.

En 1987 une pionnière est née. En inscrivant son nom dans les annales, Mme Sow ne s’arrête pas en si bon chemin, elle se fait un carnet d’adresses et parvient à devenir le chouchou des personnalités telles que les milliardaires Ndiouga Kébé, Djily Mbaye, Djibril Ndiogou Fall (LPS), Serigne Ndiaye Bouna et des marabouts Moustapha Sy et de Serigne Modou Bousso Dieng entre autres… D’ailleurs, c’est ce dernier qui à deux reprises, a bénéficié des largesses de la pompiste qui lui faisait le plein d’essence en guise de «adiya» demanda à son chauffeur de donner rendez-vous à son talibée au Méridien. Comme dit l’adage, le bienfait n’est jamais perdu. Khady Diop en est consciente, en plus de l’avoir reçue avec les honneurs, le marabout a formulé des prières et lui a prédit un futur radieux dans le domaine. La prédiction du marabout tomba comme un couperet. En un temps record, la pompiste devient sous-gérante, la vente se porte de mieux en mieux et toutes les commandes se font au niveau de sa station, c’était en 1993. Satisfaite, sa patronne Mme Marquere met tout entre ses mains.

Primée meilleure pompiste durant trois ans, Mme Sow pense que sa jeunesse, sa fraicheur et son efficacité ont été déterminantes. L’appétit venant en mangeant et voulant gravir les échelons, son souhait fut exhaussé car le 16 mars 1996 le directeur commercial, M.Niang, après inventaire, en présence d’un huissier la nomma gérante de la station Shell Médina. Avec 8.000 litres super et 15.000 litres de gasoil, et 3 tonnes d’huile après jaugeage, la promue débute ses activités.

Sachant qu’être gérante est un défi et ne voulant pas décevoir ses supérieurs, elle démarche de nouveaux clients. C’est ainsi que la douane, quelques ministères, la présidence, des entreprises, la primature s’approvisionnent dans sa station. Ce qui fait que trois mois plus tard, son chiffre d’affaires a triplé et son directeur n’en revenait pas. Mais pendant ce temps, les bordures hautes et basses de la rue rendaient difficile l’accès de la station. Elle sollicite une audience auprès du ministre de l’infrastructure d’alors, Youssoupha Sakho, qui lui ses règles problèmes illico presto «je ne le remercierai jamais assez». La générosité en bandoulière, la pionnière voyant les conditions précaires de ses collègues, entre dans le social en les appuyant financièrement car ses pourboires étaient plus élevés que son salaire. Cette générosité qu’elle dit hériter de son père l’a poussée a créé ESEF, une entreprise de nettoiement qui emploie plus de 1.000 personnes pour lutter contre le chômage des femmes et aider les couches vulnérables.

Nonobstant, la féministe crée un réseau de femmes dans son quartier dénommé «And Liggey Parcelles». «On fait des cotisations et chaque semaine on finance un membre du réseau pour l’aider à créer son propre business», dit-elle.

Le gaspillage dans les cérémonies et autres, Mme Sow ne cautionne pas car selon elle, «on peut honorer, célébrer son enfant sans pour autant verser dans l’excès». Pieuse à souhait, Khady Fall Sow conseille à la nouvelle génération d’avoir la foi, de faire plaisir à leurs parents, d’avoir leurs bénédictions «gage de toute réussite». En outre, la confiance en soi doit être leur bouclier puisque selon elle, «le chemin est parsemé d’embuches et que la réussite est au bout de l’effort».

Qui disait que qui veut aller loin ménage sa monture ?

Par  Kya

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