Nous vous reproduisons ici l’entretien du journal Walfquotidien avec le psychologue Serigne Mor Mbaye sur le désastre du Bac.

Walfquotidien : Comment appréciez-vous ce qui s’est passé au Bac 2017 ?

Serigne Mame Mor Mbaye : Je suis touché par ce que je considère comme un désastre, parce que cela touche des milliers de jeunes gens qui sont notre espoir. Je pense que c’est aux jeunes générations que revient la responsabilité d’élaborer le futur. Lorsqu’elles sont sacrifiées et que l’on porte atteinte à leur intégrité, cela me touche terriblement.

Walfquotidien : Quel peut être l’impact psychologique chez le candidat ?

Serigne Mame Mor Mbaye : Les conséquences sont d’abord au plan psychologique, parce que les candidats étaient préparés et tout d’un coup, il y a coup d’arrêt. Il y a des conséquences morales aussi, parce qu’il s’est trouvé, encore une fois, que le Sénégal est un pays où les valeurs ont basculé dans le néant, alors que nous ambitionnons de nous développer, de sortir du marasme économique. Lorsqu’on parle aujourd’hui de dividende démographique, c’est un désastre parce que celui-ci suppose des ressources humaines de qualité. Lorsqu’arrive un tel désastre, il y a le discrédit sur l’image de notre pays. C’est, là, le côté politique. Cela sape le moral des jeunes parce qu’il y a un élan qui est brisé. Je vis parmi les jeunes qui ont passé des nuits entières à réviser, à fraterniser pour préparer ce Bac. Et puis, il y a un coup qui arrive et qui brise les élans, les sources de résistance et les espoirs. C’est un choc psychologique grave, un traumatisme.

Walfquotidien : Que préconisez-vous ?

Serigne Mame Mor Mbaye : Il faut réinventer de nouvelles institutions et valeurs. Ce n’est pas étonnant que cela arrive dans notre pays, c’est une évidence. Il ne faudrait pas sévir, comme le grand coup de bluff habituel : le procureur fait ceci ou cela. Il faudrait un plus grand contrôle sur les institutions. Que ceux qui s’en occupent soient jugés quotidiennement et qu’ils savent qu’ils peuvent finir en prison. Si c’est banalisé, ils font ce qu’ils veulent. Si vous inventez une nouvelle société qui a des valeurs, la qualité des institutions va suivre. Mais tant qu’il n’y a pas cela, c’est comme tous les jours : les inondations, les catastrophes, les incendies, les accidents… Ce sont des désastres qui proviennent du laxisme, de la malhonnêteté et du manque de valeur. Les jeunes sont ce que la société en fait. Chaque société humaine éduque ses enfants en fonction de ce qu’elle attend d’eux. Lorsque les valeurs les plus opérantes sont l’escroquerie, la tricherie et autres, ce sont les modèles que les jeunes adoptent. La responsabilité est politique, sociale mais le modèle dominant qui est basé sur l’escroquerie, la tricherie, les jeunes s’en emparent. Les jeunes, de plus en plus, ne croient pas à l’école. Ils croient à tous les modèles de réussite qu’on leur montre à la télévision.

 

9 Lectures
Partagez